Self-Presentation Strategies on Airbnb in Response to the Paris 2024 Olympic Games
Compte-rendu par Mathias Garnier (M1) du poster de Ye Liu (M2) présenté lors de la journée d’étude du master, 19 mai 2026 (Computational Cultural Science Workshop, École nationale des chartes, 18–19 mai 2026). Mémoire dirigé par Thierry Poibeau et Christophe Bénavent.
Paris, 2024. D’une cérémonie d’ouverture mettant en scène la France aux exploits sportifs collectifs et individuels, la 33ème Olympiade des temps modernes se jouait tout aussi bien dans les multiples équipements sportifs consacrés à la gloire du sport que dans les infrastructures destinées à accueillir le public. Le plaisir de participer aux Jeux olympiques n’était aucunement réservé aux quelques 10 500 athlètes et 4 400 para-athlètes. Affluant du monde entier, le public a également pu prendre part aux célébrations et festivités en tout genre. Toutefois, la tâche de loger une quantité si importante de personnes aux intérêts et prétentions locatives si différentes n’était pas une moindre affaire. Le recours à des solutions privées en Île-de-France s’est alors imposé.
Dans son mémoire, Ye propose d’évaluer la manière dont les hôtes Airbnb ajustent leur stratégie de présentation de soi face aux chocs de marché associés aux Jeux olympiques de Paris. Pour pouvoir opérer des comparaisons et étayer les résultats, trois plages temporelles sont sélectionnées. Les résultats sont de plus tempérés par une ville désignée comme étalon et présentant des caractéristiques similaires : Londres. La taille du jeu de données permet de répondre au mieux aux prétentions de représentativité des profils, assurant une confiance et relative certitude en les résultats. Cette certitude devenant (presque) absolue par la mobilisation de modèles économétriques et une modélisation mathématique.

Il s’agissait alors de saisir ce que représente et possède de décisif le premier contact sur une plateforme telle Airbnb, en particulier lorsque ce contact est censé fonder une relation de confiance entre deux parties. Un premier défi de taille se posait : comment analyser près de 260 000 annonces locatives richement plus diverses les unes que les autres ? Une approche multimodale, peu mise en place jusqu’alors, a permis de joindre le geste à la parole en mettant en relation photographies de profil et descriptions textuelles de soi.
Une forme de marchandisation de soi permet d’attirer le simple visiteur internet en jouant sur l’ouverture, l’authenticité, la sociabilité, l’exemplarité ou en affichant clairement une auto-promotion. Cette marchandisation n’est aucunement figée dans le temps. Elle évolue, s’adapte et se reconfigure tout aussi bien subtilement que stratégiquement en fonction du contexte. L’hôte Airbnb se met en scène pour susciter la confiance des voyageurs. Les analyses conduites par Ye tendent à démontrer que le contexte à Paris se démarque substantiellement de la situation londonienne, la mise en concurrence accrue par la force des faits explique partiellement ces constatations. Toutefois, on assiste, en fonction des hôtes, plus à une reconfiguration stratégique de la présentation de soi qu’à un réel changement de paradigme macroscopique.
Montrer ou démontrer de tels changements de dynamique, ses facteurs et ses origines n’est aucunement simple. Si la quantité de données en présence permet de construire une base de certitude, l’arsenal méthodologique n’est pas moins important. Le recours à de nombreuses métriques (e.g. coefficient alpha de Cronbach) et des méthodes statistiques (e.g. test t) ou modèles économétriques (e.g. étude de l’évènement pour évaluer l’impact d’un évènement sur une situation) a été déterminant pour asseoir un résultat et sa validité. Par exemple, comme c’est presque absolument tout le temps le cas lorsqu’un corpus aux gigantesques proportions est manipulé, il est difficile de comprendre les logiques sous-tendant et permettant d’interpréter les résultats obtenus via un modèle de plusieurs millions ou milliards de paramètres (tel MoritzLaurer/bge-m3-zeroshot-v2.0). Pour s’assurer une foi en les sorties de ces modèles, l’analyse factorielle exploratoire réalisée permet d’estimer sur quelles bases telles ou telles données sont corrélées, ou non. Par conséquent, il a été possible de vérifier la validité d’hypothèses ayant conduit et motivé initialement la recherche ainsi que la mise en relation latente opérée par l’approche multimodale entre les données textuelles et visuelles. En bref, le passage à l’échelle a été réussi. La démarche d’humanités numériques devient valide.
Enfin, concluons par une brève remarque que le travail de Ye soulève. Les humanités numériques ne sont pas une simple extension computationnelle de sciences (auxiliaires) de l’histoire, de la littérature… Elles ne se limitent nullement à l’étude de manuscrits, tablettes, inscriptions, brouillons, correspondances ou tout autre vecteur de connaissance traditionnellement étudié. Des plateformes nativement numériques ne sont pas moins dignes d’intérêt. Toutefois, la finalité des études semble entrer en jeu pour définir l’acte de recherche en humanités numériques. De manière caricaturale, sur un sujet comme celui de Ye, une recherche conduite dans un laboratoire public peut être amenée à utiliser les mêmes méthodes et outils qu’un commercial d’un groupe privé faisant une étude de marché. La même problématique apparaît lors de la réalisation de benchmarks de solutions propriétaires (LLM, vLLM…). Toutefois, les intentions de chacun divergent inévitablement. En ancrant son travail dans un creux de l’historiographie, Ye a résolument adopté une démarche de recherche, a contribué à enrichir et développer le domaine d’action des humanités numériques. Son travail étant en libre accès, diverses questions peuvent néanmoins se poser. En particulier, des démarches de recherche comme celles de Ye peuvent être librement accaparées et servir des intérêts privés. N’est-ce là qu’un moindre mal négligeable ?
Où retrouver Ye à l’avenir ? Après s’être accordée un repos dûment mérité, elle compte écumer les plaines européennes, multiplier les expériences en s’investissant dans des projets prolongeant ses travaux entamés au sein du master Humanités numériques de l’École nationale des chartes (HN 26). Nous lui souhaitons bien du succès !
