Retour sur l'année universitaire 2025-2026
Déjà la reprise : cette année, une pré-pré-rentrée s'ajoute à la pré-rentrée habituelle du master HN, elle-même précédant la rentrée officielle de l'École nationale des chartes – PSL. Tout ça pour ne pas se dire qu'on débute le 7 septembre. Pendant que les primo-entrants suivent une semaine intensive de mise à niveau en programmation Python et en mathématiques (le master monte encore en compétences), prenons le temps d'un petit retour sur l'année 2025-2026, qui s'achève ces prochains jours avec les dernières soutenances de mémoire. Une année de pérenisation et de mise en œuvre de plusieurs réformes pédagogiques (notamment sur l'enseignement de la vision par ordinateur, la 3D, l'audio et les LLM), d'évolution administrative (professionalisation, incitation à la recherche et ouverture à l'apprentissage) et un public nouveau, déjà rodé en partie à la programmation. Une année qui a aussi vu deux étudiantes de Pise s'engager chez nous dans le cadre du double-diplôme master HN-Université de Pise.

Une année marquée par deux grands rendez-vous…
Après un premier semestre de rodage et de formation, nous avons ouvert l’année 2026 par une semaine de hackathons avec les étudiants de M1 et de M2. Une semaine intensive, sans répit (mais avec de quoi reprendre des forces), pour venir à bout de quinze projets proposés par le Centre de recherche du château de Versailles, la Bibliothèque nationale de France, l’Institut national d’histoire de l’art, l’Institut national de l’audiovisuel, Sciences Po, l’EHESS, l’EPFL, Biblissima+, le Cellf (CNRS), BiblioBase, les archives départementales du Vaucluse, l’ERC LostMa, le DIM PAMIR et le GDR SILEX.
L’occasion, pour les étudiants (et pour quelques enseignants venus en soutien), de se faire la main sur des données très variées (enluminures, fonds archéologiques, données en réseaux, professions de foi politiques, manuscrits en vieux norrois, émissions politiques) et de développer des solutions techniques pour les exploiter, avec ou sans apprentissage automatique. Avec seulement deux règles : (i) tous les coups sont permis, et (ii) si tu ne sais pas faire, apprends et fais-le.
Le computationnel, c’est bien, mais il ne serait pas grand-chose ici sans la discussion des résultats et la définition de questions de recherche, l’ADN du master HN en somme, et je remercie donc très vivement les institutions et toutes les équipes engagées pour les échanges et les réflexions partagées durant cette semaine, qui a bénéficié du soutien de l’ERC LostMa, de l’ANR, de l’École nationale des chartes – PSL et de CartaData. La date est déjà prise pour la semaine du 11 janvier 2027 !
Revoir les quinze projets sur le site de l'École nationale des chartes (nouvelle fenêtre) Codes et résultats sur GitHub (nouvelle fenêtre)
Plus tard dans l’année, en mai, les M2 ont été mobilisés dans le cadre de la journée d’étude des étudiants du master, cette année adossée au Computational Cultural Science Workshop @ Humanistica 2026 et organisée avec le CultureLab de PSL. Une session de posters, le 19 mai 2026, pour présenter (avec concision) méthodes, données et résultats de son mémoire face à un public de chercheurs. Je ne peux pas vraiment témoigner du stress de l’instant : c’était risquer de s’entendre dire, quinze jours avant le rendu du mémoire, « cela aurait été bien de faire cela » ou « ah, vous ne connaissez pas ce jeu de données ? ». Mais c’est aussi le jeu des conférences et de la défense de ses choix. Une expérience également réussie, avec du monde et des présentations de grande qualité, sur tout un panel de sujets variés (allant de l’archéologie numérique à la sociologie des plateformes, en passant par l’histoire maritime et les études des médias).
Vous trouverez sur ce blog le bilan de la journée, rédigé par Thaïs Raffray, ainsi que les comptes rendus de chaque poster par les M1.
… ou encore par trois compétitions internationales
Quand il reste un peu de temps entre les cours et le mémoire, quoi de plus stimulant que de participer à une compétition internationale ? Surtout quand le prix est un voy… un déplacement à Palma de Majorque. Challenge(s) accepted !
EvaHAN @ LREC 2026
Adossée à la conférence Language Resources and Evaluation Conference (LREC) et à l’atelier Language Technologies for Historical and Ancient Languages (LT4HALA 2026), la compétition EvaHAN portait cette année sur l’OCR et l’HTR de sources variées en chinois ancien. De janvier à février 2026, l’équipe ENCHANTeam, composée de Denise Atzori (M2), Marie Bizais-Lillig (M2), Mathias Garnier (M1), Maxime Létoffé (M1), Charles Planque (M1), Tianjie Yin (M2) et Chahan Vidal-Gorène, s’est engagée sur le terrain de l’annotation de données, de la génération de données synthétiques pour l’OCR du chinois et de l’entraînement de divers VLM (Visual Language Models) pour surmonter cette tâche. Classement final : 3e.
Les résultats ont fait l’objet d’une publication et d’une présentation lors de LREC, à Palma donc. Le jeu de données synthétique est publié sur le HuggingFace de l’École et le code de l’équipe sur GitHub.
Denise Atzori, Marie Bizais-Lillig, Mathias Garnier, Maxime Létoffé, Charles Planque et al., Building Character(s): Synthetic Data and In-Context Learning Strategies for Few-Shot Ancient Chinese Recognition, Proceedings of the Fourth Workshop on Language Technologies for Historical and Ancient Languages (LT4HALA 2026), 2026, p. 339-352. DOI 10.63317/5d9tsvd7kdoq · notice HAL hal-05622586
FalsID @ ICDAR 2026
Organisée dans le cadre de l’International Conference on Document Analysis and Recognition (ICDAR 2026), la compétition internationale FalsID portait sur l’analyse paléographique automatisée, et plus particulièrement sur l’identification de mains et le repérage d’imitations ou de faux au sein de manuscrits historiques. Réunissant Damien Conceicao (M2), Juliette Grenier (M2), Chloé Jollivet-Courtois (M2), Côme Parrinello (M2), Martin Houllier (M2) et Noémie Bujon (AP2, cursus d’archiviste paléographe), l’équipe du cours de paléographie computationnelle (M2 HN) s’est particulièrement illustrée face à ces problématiques, en mettant en œuvre plusieurs méthodes de classification et de ciblage de l’information dans les manuscrits. Classement final : 2e.
La méthodologie et le bilan de l’épreuve sont détaillés dans les actes officiels de la conférence.
Dominique Stutzmann, Riham-Aïda Mokrani, Franco Tomasi, Elena Pierazzo et al., ICDAR 2026 FalsID Competition on Falsification and Imitation Detection, Proceedings of the 20th International Conference on Document Analysis and Recognition (ICDAR 2026), part IV, 2026, p. 370-386. DOI 10.1007/978-3-032-36042-7_22
CMMHWR 2026 @ ICDAR 2026
Et parce qu’il n’y a pas que les étudiants qui ont le droit de s’amuser, l’équipe HN au sens large (enseignants du master, ingénieurs des projets de l’École et anciens étudiants HN) s’est engagée dans la Competition on Multilingual Medieval Handwriting Recognition organisée par l’Inria, à l’ICDAR également. Une compétition de transcription automatique de manuscrits médiévaux, déclinée en plusieurs scénarios : contexte multilingue, occitan et tchèque. L’équipe portée par Théo Moins et Brenna Hensley, avec Florian Cafiero, Jean-Baptiste Camps, Lilla Conte, Émilie Guidi, Katarzyna Kapitan, Carolina Macedo, Cécile Vermaas et Chahan Vidal-Gorène, s’est illustrée par le développement d’une méthode reproductible reposant sur des VLM (de la famille Qwen) et par la production de données pour l’HTR de manuscrits en langues romanes. Classement final : 1er, 2e et 3e selon les tâches.
Les résultats ont fait l’objet d’une publication et d’une présentation lors de l’ICDAR, dans le cadre de l’atelier HIP, à Vienne. Modèles et données sont disponibles sur le HuggingFace de l’École.
Théo Moins, Florian Cafiero, Jean-Baptiste Camps, Émilie Guidi, Lilla Conte et al., MEDUSA 0.1: Medieval European Documents Unified System for Automated text recognition. System Report for the ICDAR 2026 Competition on Multilingual Medieval Handwritten Text Recognition, 2026. notice HAL hal-05600991v3
Une participation à de nombreuses conférences…
Le master HN est une formation à la recherche, par la recherche. Ce n’est donc pas une surprise si nos étudiants sont encouragés à tenter le coup des conférences, en France comme à l’international. Et si l’on peut les y envoyer, c’est encore mieux. Avec le concours de la Fondation de l’École via le mécénat, de la Fondation Dassault Systèmes, du CultureLab de PSL et du soutien direct de l’École, plusieurs étudiants ont joué le jeu et ont pu se confronter à l’état de l’art, présenter leurs travaux et échanger avec les chercheurs de leur discipline.
- Décembre 2025 — Albina Toumarkine (HN+) et quelques autres anciens du master, Beyond Accuracy: Investigating Vision Model Perception on 19th-Century Decorative Arts, à CHR 2025.
- Février 2026 — Chiara Tedesco (M1), Entre maçonneries « tordues » et photos non rectifiées : approche exploratoire de vision par ordinateur en archéologie du bâti, à ACQuA 2026.
- Mai 2026 — Denise Atzori (M2), Marie Bizais-Lillig (M2), Mathias Garnier (M1), Maxime Létoffé (M1), Charles Planque (M1) et Tianjie Yin (M2), Building Character(s): Synthetic Data and In-Context Learning Strategies for Few-Shot Ancient Chinese Recognition, à LREC 2026.
- Mai 2026 — Humanistica 2026 et ses évènements satellites, trop nombreux pour être tous listés : voir par exemple les comptes rendus de la journée d'étude du master.
- Juin 2026 — Damien Conceicao (M2), Réduction des biais de numérisation pour la détection de faux manuscrits : exploration d'embeddings visuels auto-supervisés, à Biblissim-IA 2026.
- Juillet 2026 — Yaelle Zribi (HN+), Timing in Stand-up Comedy: Text, Audio, Laughter, Kinesics (TIC-TALK), à CHum @ ACL 2026.
- Juillet 2026 — Alexandre Lionnet-Rollin (HN+), Never Care for What They Say? Platform vs Genre Rules in Online Horror Narratives (2007--2024), à NLP4DH @ ACL 2026.
- Juillet 2026 — Tianjie Yin (M2) et Charles Planque (M1), From China to Korea: Tracing a Divine Persona through Motif-Based Visual Analysis of the Yushu Baojing and Its Recompilations et Classification of Literary Documents Using the Choquet Integral, à DH 2026.
- Septembre 2026 — Côme Parrinello (M2), Video Games as Literary Art: The Role of the Protagonist in Narrative Games. A Narrative and Stylistic Study, à COMHUM 2026, à Lausanne.
- Septembre 2026 — Marie Bizais (M2), Ombeline Ferrais (M1), Eglantine Gaglione (M2), Mathias Garnier (M1) Automated detection and transcription of figures in publications in humanities: the case of stemmata, à EADH 2026, à Cracovie.
Il n’est pas tout à fait exclu que quelques interventions m’aient échappées. Après tout, ce sont des apprentis chercheurs autonomes et indépendants.
… ainsi qu’une animation de plusieurs écoles d’été
Nos étudiants ont également assuré des formations professionnelles dans des écoles d’été. En juin 2026, via CartaData, la junior-entreprise de l’École qui a mis en relation étudiants et institutions, Thaïs Raffray (M1), Chiara Tedesco (M1), Denise Atzori (M2), Mathieu Rivière (M1) et Maxime Létoffé (M1) ont animé plusieurs ateliers de formation lors de l’école d’été From Closure to Sharing: Heritage of Afghanistan, qui s’est tenue à Paris : transcription automatique, géocodage de lieux historiques et classification de données patrimoniales.
En juillet 2026, l’école d’été Digital Humanities, Under-Resourced Languages and Armenian a elle aussi mobilisé de nombreux membres du corps enseignant du master, et notamment Denise Atzori (M2) et Marie Bizais-Lillig (M2), sur la classification de données patrimoniales (archéologie) et sur les questions de science ouverte, dans le contexte plus général des humanités numériques appliquées aux langues et aux ressources peu dotées.
Avis donc aux amateurs : nos étudiants sont à votre disposition pour toute expertise, via la junior-entreprise. N’hésitez pas à les solliciter par ce biais, l’équipe pédagogique du master restant en appoint au besoin.
Et pour la suite alors ?
On reprend les mêmes et on recommence ! Le master poursuit sa mue pour renforcer tant l’ancrage SHS que les méthodes computationnelles, notamment l’IA et les modèles de langue. LLM et VLM posent des défis stimulants pour l’enseignement : après tout, pourquoi ne pas tout leur déléguer et céder au « foutu pour foutu » ? Le master fait plutôt le choix d’adapter sa pédagogie : transition vers l’apprentissage par projets en programmation, temps dédié à la modélisation à la main, usage encadré des modèles conditionné par l’explication du code produit, sans oublier la consolidation des méthodes quantitatives et une place accrue laissée à la méthodologie de recherche en humanités.
Cap maintenant sur la prochaine journée d’étude du master et sur les futurs hackathons ! Aux étudiants désormais de s’emparer de ces opportunités (conférences comme compétitions) et de faire encore mieux que leurs aînés de la promotion 2025-2026 (enfin, « à moitié aînés », vu que nos M1 passent en M2 et sont toujours dans la course).
Les mémoires de 2025-2026 sont progressivement mis en ligne sur DUMAS (pour les notes supérieures à 16) : n’hésitez pas à aller y jeter un œil pour découvrir leurs travaux !
Voir la maquette du master Les mémoires sur DUMAS (nouvelle fenêtre)
Rien de tout cela ne serait toutefois possible sans l’investissement de la communauté administrative de l’École et du corps enseignant du master, tant via leurs cours que l’écosystème de recherche qu’ils créent, et je les remercie.
